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Barça-PSG : Il était une fois la Remontada...

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Mercredi 11 mars 2020. Marquinhos exulte de joie au bout du huitième de finale retour de Ligue des Champions face à Dortmund. Ce soir-là, le PSG semble soigner une cicatrice, qui semblait vouloir le hanter encore longtemps. Une plaie ouverte trois ans plus tôt, en 2017, face au FC Barcelone, et qui porte encore aujourd’hui un nom bien précis : la Remontada.

On dit souvent que le football est imprévisible, que tout est possible, même lorsqu’un David affronte un Goliath. Mais imaginer une telle issue à ce Paris-Barça résultait à l’époque bien plus d’un mirage que d’un rêve. Alors comment une équipe victorieuse 4-0 lors d’un match aller étincelant pouvait-elle s’éteindre aussi brusquement trois semaines plus tard, et subir une humiliation sur le score de 6 buts à 1 ? La réponse en un match : la Remontada. En peu de temps, ce mot est devenu un sujet tabou, une source de tension. Il y a trois ans, l’un des plus grands moments de l’histoire du football s’est produit au Camp Nou. Le traumatisme est encore aujourd’hui indéboulonnable des esprits parisiens. 

Récital parisien

Et pourtant, au petit matin du 15 février 2017, tout laisse à croire que le PSG va tranquillement se qualifier en quart de finale de la Ligue des Champions. La veille, les Franciliens signent une victoire historique dans un Parc des Princes en fusion. Une démonstration 4 à 0 pour la légende. Un homme sort alors du lot : Angel Di Maria. L’attaquant argentin s’offre un doublé. Un coup franc en première mi-temps et un enroulé dans la lucarne en seconde. "C'est impossible de demander une soirée plus belle ! Battre le Barça 4-0 et marquer deux buts, c'est extraordinaire !" raconte l’ancien madrilène. Le Fideo, bien aidé par Julian Draxler, et Edinson Cavani, tous les deux réalisateurs, permet à Paris de vivre une soirée idyllique, presque impensable. "Marcelo Bielsa m’a dit que le meilleur football qu’il avait vu, après le Barça de Guardiola, c’était le PSG lors de la victoire contre le FC Barcelone" explique Unai Emery, l'entraîneur parisien. 

Le rêve semble alors devenir réalité. Rien ne peut empêcher les supporters franciliens de se voir parmi le top 8 européen. En Espagne, la gueule de bois est terrible pour un Barça humilié aux yeux de l’Europe entière. Mais pourtant, au lieu de s’attarder sur la déculottée prise, les médias ibériques commencent à croire à l’inimaginable. En une poignée de jours, un mot revient en masse : Remontada. Les Catalans se persuadent de s’imposer par cinq buts d’écart au Camp Nou. L’exploit impossible devient une affaire d’Etat. Et le soir du 8 mars, ce qui devait être une formalité pour Paris, se transforme en un film hollywoodien. 

Cauchemar catalan

Blaise Matuidi l’avait dit lors d’un repas filmé en compagnie de Thomas Meunier, Marco Verratti et Julian Draxler. “On a quatre buts d'avance. Il faut attendre les 20 premières minutes qui seront extrêmement importantes”. Pendant ces vingt minutes, les Franciliens n’affichent aucune résistance, et encaissent un premier but casquette dès la troisième minute signé Luis Suarez. Après sept tirs concédés, le PSG craque pour la deuxième fois, juste avant la pause. Un nouveau but donné, marqué contre son camp par Layvin Kurzawa. La moitié du chemin est alors accomplie. Barcelone n'est qu'à deux buts d'une prolongation, et à trois de la qualification. 

Juste après la mi-temps, Neymar provoque un pénalty litigieux, accordé par l'arbitre allemand, Deniz Aytekin. Sans trembler et pour faire basculer ce match dans la folie, Lionel Messi le transforme du pied gauche. Quarante minutes s'offrent alors au Barça pour accomplir l'impensable. Pourtant, à l’heure de jeu, Edinson Cavani, après avoir trouvé le poteau, refroidit tout le Camp Nou, d’une demi-volée assassine. Le cauchemar semble alors avoir pris fin pour laisser place au rêve. Mais juste avant le temps additionnel, alors que tout semble perdu, les Blaugranas obtiennent un coup franc à vingt mètres. Pour sa gloire personnelle, Neymar l'enroule à merveille sous la barre. Quelques instants plus tard, Luis Suarez est effleuré par Marquinhos dans la surface de réparation, et amène le second pénalty de la rencontre. Celui-ci est transformé par son coéquipier Brésilien. Le Camp Nou passe alors de la folie à l’ivresse au bout de la 95e minute, lorsque Sergi Roberto reprend du bout du pied un ballon en cloche de Neymar.

Peu habitué à faire des étincelles, l’arrière droit se transforme en héros de tout un peuple. “La nuit a été magique, c'est un de ces jours où il fait bon être footballeur. Je ne me lasserai jamais de me le rappeler. Parfois, il y a une justice”, déclare le buteur du 6-1. Tous les joueurs et remplaçants se jettent sur le joueur formé à la Masia, pendant que Messi se dresse sur les affichages publicitaires, et célèbre avec sa rage contagieuse devant un kop aux anges. “On a quitté notre place en tribune à 5-1 pour Barcelone pour éviter la cohue dans les escaliers et le PSG était encore qualifié”, se souvient Maxwell, présent dans les gradins avec Thiago Motta. “On avait un peu peur parce qu'on sentait les vagues arriver sur notre but. Quand on est arrivés dans le vestiaire, on a senti la vibration du stade. On a compris.” Le moment est absolument historique, tout autant que la tristesse parisienne. Au coup de sifflet final, les Franciliens sont inconsolables, et viennent de comprendre que leur pire cauchemar est devenu réalité. Ce soir-là, le football français vit l’un de ses plus grands traumatismes. Une défaite aussi humiliante que légendaire, et un club cicatrisé à jamais. 

Paris, secoué par cette humiliation, divague jusqu’en fin de saison, et se fait battre logiquement en championnat par l’AS Monaco d’un certain Kylian Mbappé. Quelques mois plus tard, le prodige de 19 ans signe au PSG et rejoint un autre visage connu, Neymar. Les deux hommes, en plus de symboliser une nouvelle ère francilienne, apparaissent comme les pansements parfaits pour oublier la remontada. Mais trois ans plus tard, la coupe aux grandes oreilles n’est toujours pas venue garnir le palmarès parisien.